Mariage homosexuel : la France raillée par ses voisins européens

Article de Métro du 6 février 2013

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POLEMIQUE – Alors que le débat enflamme l’Assemblée nationale et que les opposants au mariage gay restent ultra-mobilisés, Metro a interrogé des journalistes étrangers pour connaître leur regard sur le projet de loi qui divise tant le pays. Le constat est sans appel.

Des opposantes au mariage pour tous lors de la manifestation à Paris le 13 janvier.

Des opposantes au mariage pour tous lors de la manifestation à Paris le 13 janvier. Photo : SIPA

  »Indigne », « glaçant », « hypocrite ». Le débat sur le mariage pour tous, qui donne lieu à des échanges passionnés depuis des mois en France, étonne et déçoit nos voisins européens. Dernier pays en date à avoir fait passer la réforme du mariage pour les couples homosexuels : la Grande-Bretagne et son gouvernement… conservateur. « Avec des débats beaucoup moins houleux qu’en France », souligne pour Metro Philip Turle, rédacteur en chef adjoint à la rédaction anglaise de RFI, qui ajoute que « la population anglaise n’a pas du tout manifesté ». Les Britanniques ont donc beaucoup de mal à comprendre, poursuit-il, « pourquoi autant de réticences, de débats, et de clivages outre Manche, alors que même l’Espagne a réussi cette avancée sociale ». Il faut croire que « la France est en retard par rapport à l’Europe », conclut-il.

Autre pays réputé pour son conservatisme, l’Espagne a en effet adopté la loi il y a maintenant huit ans. Aujourd’hui, les médias raillent « l’hypocrisie à la Française ». A l’instar du grand quotidien El Pais, qui ne fait pas de cadeau à son voisin, critiquant vertement son « marathon de séances parlementaires inutiles » donnant lieu à des « arguments fallacieux et des anachronismes sociaux sans précédent ». « Chez nous aussi, la société demeure très partagée sur le sujet », affirme le journaliste Juan Pedro Quinonero, correspondant pour le journal conservateur espagnol ABC. « Toutefois, note-t-il, j’ai été très surpris par la diversité des opposants dans la ‘Manif pour tous’ à Paris, où l’on retrouvait aussi bien des familles traditionnelles que modernes ». L’Hexagone serait-il donc plus réac’ qu’on ne le croit ?

Des politiques qui « manquent de courage »

« Je n’imaginais pas la France aussi conservatrice ! », s’étonne ainsi la journaliste belge Joelle Meskens, correspondante pour Le Soir. En poste depuis quinze ans à Paris, elle se dit pourtant « stupéfaite par la virulence des débats ». « En Belgique, nous dit-elle, où la loi est passée il y a dix ans, il n’y a eu aucune manifestation ». Aujourd’hui, « les Belges suivent de près ce débat en France et sont étonnés par ce feuilleton incroyable, si passionné ». Pour la journaliste, cela révèle un vrai paradoxe : « la France met en avant sa laïcité en toutes occasions, or il apparaît avec ce débat que les religions ont encore une réelle influence sur les mentalités ».

Le Britannique Philip Turle se montre beaucoup plus sévère. Et s’en prend directement à la classe politique française dans son ensemble. Avec, d’un côté, une « droite qui n’élève pas le débat » : « on a entendu des dérapages indigne d’un élu », déplore-t-il. De l’autre, un « gouvernement qui manque de courage ». « L’équipe de François Hollande, comme le président lui-même, manque d’expérience politique et de la poigne nécessaire pour mener un débat jusqu’au bout », estime le journaliste. « La société française n’aime pas le changement et son gouvernement est incapable de la rassurer ».

Pire, « il tergiverse sur la PMA, en faisant des petits pas en avant puis en arrière, ce qui montre bien un vrai manque de fermeté politique », assure-t-il. Pour lui, la France devrait regarder en dehors de ses frontières et prendre exemple : « Quand on voit qu’en Grande-Bretagne c’est le parti conservateur qui a fait passer cette réforme sans problème, il faut se poser des questions sur la maturité de la classe politique française ».

dures-a-queer:

Quoi de mieux en effet que le Mardi-Gras pour se féliciter des combats menés et montrer que nous sommes toujours plus que mobilisEes pour la PMA. Quoi de mieux que cette fête où, traditionnellement, le peuple subvertit l’ordre établi, où le valet se fait maître, où les hommes se font femmes et…

Taubira: ma super héroïne!!! Superbe intervention! Elle mouche Mariton avec une classe qu’il ne mérite pas.

Mariage pour tous et homophobie : lettre ouverte aux députés de l’UMP

Lettre ouverte de Christophe CORET, 4 février 2013:

http://romanianwayoflife.com/blog/2013/02/mariage-pour-tous-et-homophobie-lettre-ouverte-aux-deputes-de-lump/

Monsieur le député Hervé Mariton,
Monsieur le député Philippe Gosselin
Monsieur le Président du groupe UMP Christian Jacob

Je fais partie de ces citoyens français qui, né homosexuel, suit quotidiennement les travaux de l’Assemblée Nationale sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Régulièrement, vous vous emportez quand le mot « homophobie » vient vous titiller les oreilles. Peut-être est-il notre rôle de vous expliquer pourquoi nous sommes nombreux à affirmer que vos propos et votre attitude sont homophobes.

Puisque vous semblez aimer Wikipédia, je vais m’y référer. Certainement y avez déjà vous lu la définition de l’homophobie dont vous vous défendez :

«L’homophobie est l’hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences amoureuses ou sexuelles concernent des individus de même sexe. Cette hostilité relèverait de la peur, de la haine, de l’aversion ou encore de la désapprobation intellectuelle intolérante envers l’homosexualité.»

Sachez Messieurs, que je suis né d’un papa et d’une maman. Un couple hétérosexuel comme vous les aimez. Dès mon plus jeune âge, j’ai senti que je n’étais pas comme les autres, sans comprendre pourquoi. En CM2, mon institutrice l’a compris pour moi. Un jour, cette horrible femme a improvisé un cours sur Paris. Derrière elle était affichée au tableau une carte du bois de Boulogne. Devant toute la classe, elle nous a expliqué ce qu’était un pédé. Ce que ces gens faisaient dans les bois. Puis elle a fini par dire : «Voyez, c’est là-bas que Monsieur Coret vivra avec les siens.» J’avais 11 ans !

J’ai 31 ans. Voyez, si j’ai aujourd’hui la chance d’être équilibré et en accord avec ma sexualité, il m’aura fallu 20 ans pour avouer cette humiliation à mes parents. Cette blessure, c’est vous qui l’avez rouverte, soit parce que vous êtes irresponsables, soit parce que vous êtes homophobes. Au risque de provoquer un rappel au règlement et les hurlements de Monsieur Mariton, je vais tenter de vous expliquer pourquoi et vous choisirez la variante qui vous sied le mieux.

Commençons par le cas où vous seriez irresponsables (et donc pas homophobes).
Vous utilisez le débat de l’ouverture au mariage pour tous dans un but purement électoral, politique. Pour vous, c’est un jeu. Vous aviez juste besoin d’un combat pour réunir les français autour de votre mouvement, qui a tant souffert du différend Copé/Fillon. Je ne peux pas vous retirer que vous êtes des gens intelligents, que vous savez lire les sondages et manipuler les consciences. L’observation assidue des débats montre bien que vous n’avez aucun argument contre le mariage des couples de même sexe. Vous avez donc décidé de défendre la famille et les enfants, en luttant contre la PMA, la GPA et l’adoption, (les deux premières n’étant même pas dans le projet de loi). Vous n’hésitez pas à mentir pour manipuler l’opinion (disparition des termes père et mère du code civil par exemple). Vous jouissez de voir les extrémistes de tous bords rejoindre vos positions, ne condamnant pas les prières de rues de Civitas. Vous ne condamnez pas les tweets homophobes alors que vous condamnez ceux du gouvernement. Vous avez présenté des milliers d’amendements pour faire diversion, faire peur, parfois associés au Front National. Que dire de vos rappels au règlement et suspensions de séances qui n’ont pour but que d’allonger les débats, pour ensuite se plaindre que le gouvernement ne s’occupe pas des priorités. En résumé, vous êtes irresponsables car vous attisez les peurs et les haines dans un but exclusivement politique.

Le cas où vous êtes homophobes (et donc pas irresponsables).
Vous ne supportez tout simplement pas que, dans la société française, des couples homosexuels puissent vivre leur amour au grand jour. Car oui, nous demandons désormais à pouvoir nous aimer et vivre comme n’importe quel couple hétérosexuel. Vous aimiez croire que nous n’étions que des fêtards, fréquentant les blackrooms et nous exposant au jour une fois par an sur des chars, lors de la Gay Pride. Mais cette demande du mariage pour tous est NOTRE souhait. Les homosexuels sont désormais intégrés à la société française. Beaucoup vivent ensemble. Parfois depuis aussi longtemps que des couples hétérosexuels. Parfois même ils ont des enfants, ne vous en déplaise.
Dans ce paragraphe lié au cas où vous seriez homophobes, je me permets de vous rappeler les propos que Monsieur Jean-François Copé a prononcé devant l’Assemblée Nationale. Il me semble que sa légitimité n’est plus discutée au sein de votre parti. Sa voix engage donc votre mouvement : l’UMP. Et Monsieur Copé a tenu des propos suivants, habituellement retrouvés dans la bouche des responsables du front national : «Pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l’inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ?»
Que dire aussi des propos de Nicolas Dhuicq, également UMP, qui a affirmé que le manque d’autorité et de repères parentaux constituaient des terreaux favorables au terrorisme…

Vous rendez-vous seulement compte de l’impact de vos propos ? Laisser les homos se marier conduirait la civilisation à sa perte, le monde à sa destruction ? Leur laisser élever des enfants serait la garantie que ceux-ci deviennent des monstres, des terroristes ? Êtes-vous sérieux ?

J’ai souffert longtemps de mon homosexualité. Beaucoup de jeunes gays n’ont pas ma force de caractère et préfèrent en finir plutôt que d’en souffrir. J’ai souvent pensé à eux récemment, quand je vous ai entendu tenir des propos nauséabonds dans les médias, à l’Assemblée Nationale, puis quand je vous ai vu défiler fièrement dans la rue lors de votre manif pour tous. J’en ai pleuré. Et pourtant aujourd’hui je suis fort !

J’ai pleuré en pensant à ces jeunes non outés. À moi il y a 10 ans. Au malaise qu’ils ont du ressentir en vous voyant lutter contre eux. Car en vous battant contre nos droits, contre l’égalité, c’est contre nous que vous vous battez. Vous libérez la parole homophobe et c’est nous qui en souffrons.

Avec le recul, je pense que votre mouvement n’est pas homophobe, irresponsable ou opportuniste. Il est les trois. Et vous le savez. Vous surfez sur les thèmes de sociétés pour redorer l’image de votre mouvement «républicain». Les dommages collatéraux, malheureusement vous vous en moquez. Par chance, la loi sera adoptée et dans quelques années, vous reconnaîtrez vos torts.

Le seul mérite que je vous reconnais, c’est de nous avoir réveillés. Nous pensions vivre sur les acquis de ceux qui ont lutté avant nous. Nous savons désormais que toujours, nous aurons à lutter pour nos droits !

Le lundi 4 février 2013
Christophe CORET

Mariage homosexuel : « Fonder la filiation sur l’engagement parental plutôt que sur la nature »

Article du Monde, 5 février, par Martine Gross (sociologue au CNRS)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/05/fonder-la-filiation-sur-l-engagement-parental-plutot-que-sur-la-nature_1827329_3232.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#xtor=RSS-3208001

Couverture de l'ouvrage de Martine Gross, "Choisir la paternité gay".Couverture de l’ouvrage de Martine Gross, « Choisir la paternité gay ». | ÉRÈS

Sylviane Agacinski, dans sa tribune du 3 février, fait remarquer à juste titre que la procréation médicalement assistée (PMA) telle que pratiquée en France nie la personne du donneur, l’identifie trivialement à quelques cellules, l’objet de son don, et fait passer les parents pour des géniteurs. Elle dénonce un peu plus loin une pratique qui commence à se banaliser, la commande de gamètes sur Internet sans voir que c’est notre système actuel qui précipite les futurs parents dans cette voie. Quand la prohibition se tient en lieu et place d’un encadrement légal éthique et protecteur, il ne reste plus que les marchés parallèles pour réaliser un désir d’enfant aussi puissant chez les couples de même sexe que chez les autres.

Mais elle a tort de rapprocher la PMA, telle qu’envisagée pour les couples qu’elle appelle « classiques » de celle des couples de même sexe. En effet, dans ces derniers, la tentation de passer pour avoir procréé sans l’aide d’un tiers n’est pas jouable. S’il y a bien des familles PMA où le donneur est évoqué ce sont les familles homoparentales. Si des couples de femmes témoignent ne pas « vouloir d’un père » pour construire leur famille, cela ne veut pas dire qu’elles nient l’existence d’un géniteur. Géniteur et père ne sont pas synonymes. Ces couples de femmes distinguent clairement paternité et procréation et leur conception de la paternité fait honneur aux pères. Elles les considèrent comme des personnes qui s’impliquent au quotidien auprès de leurs enfants et ne font pas que contribuer à donner la vie. Elles ne nient pas l’existence du géniteur mais elles ne veulent pas de lui comme père dans la vie quotidienne familiale.

Sylviane Agacinski regrette les conséquences sur la filiation de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. La filiation telle qu’organisée et pensée depuis des siècles s’en trouverait bouleversée. En introduisant des parents de même sexe, la loi accoucherait d’un modèle inédit de filiation qui ne s’appuierait plus sur les seuls faits de procréation.

RESPONSABILITÉ ET ENGAGEMENT PARENTAL

Pourtant, ce nouveau modèle de filiation est-il si nouveau ? Même si notre droit cherche toujours à faire coïncider procréation et filiation, celle-ci est d’abord et toujours une parole d’engagement. La présomption de paternité n’est rien d’autre qu’un engagement à l’avance à prendre pour enfants ceux qui naîtront dans le cadre des noces, nul besoin que le père soit réellement le géniteur. La reconnaissance est l’engagement d’un homme à prendre un enfant pour fils ou fille, peu importe qu’il en soit ou non le géniteur. L’adoption enfin est un engagement pris devant le juge. Il y aurait peu à faire pour permettre une filiation de deux parents de même sexe et de manière générale faire place à la pluralité des formes familiales. Ce serait fonder notre droit de la famille sur la responsabilité et l’engagement parental plutôt que sur la confusion entre sexualité, procréation et filiation.

Notre système n’autorise pour le moment que ceux dont la sexualité peut passer pour procréatrice à établir la filiation envers leurs enfants. Ce système pseudo-procréatif oblige les couples infertiles à passer pour des géniteurs et les enfants adoptés à passer pour être nés de leurs parents adoptifs. Un modèle fondé sur l’engagement permettrait de distinguer les dimensions biologique et juridique : les origines, être né de, et la filiation instituée, être fils ou fille de. Ce modèle permettrait de reconnaître qu’un enfant est toujours né d’un homme et d’une femme, qu’il est le fils ou la fille de ceux ou celles qui s’engagent à être ses parents.

Sylviane Agacinski tout comme les opposants au projet de loi, affirment deux convictions.

D’une part que sexualité et procréation doivent rester inextricablement liées. Seule la sexualité procréatrice, c’est-à-dire l’hétérosexualité, serait une sexualité légitime. La procréation doit résulter d’une union sexuelle ou à défaut passer pour telle. Une telle conviction, outre qu’elle fait place à l’expression de l’homophobie en affirmant la supériorité de l’hétérosexualité sur l’homosexualité, ignore voire combat des évolutions telles que la contraception qui délie la sexualité de la procréation, ou la procréation médicalement assistée (PMA) qui délie la procréation de la sexualité.

Lorsqu’on combat une telle vision de la sexualité, une sexualité pour le plaisir, on ne peut que s’opposer à toute forme de légitimation de l’homosexualité. De son côté, la PMA permet à des couples infertiles de procréer sans union sexuelle. La plupart de ceux qui s’opposent à la PMA pour les couples de femmes, ne s’opposent pas à ce que des couples infertiles de sexes différents puissent recourir à un don de gamètes en se faisant ensuite passer pour les géniteurs de leurs enfants nés de ce don. Les lois de bioéthique qui encadrent le recours au don de gamète organisent un mensonge légal. Les familles homoparentales ébranlent la construction de cette fiction qui fait toujours passer les parents pour des géniteurs. Elles rendent à la fois possible et nécessaire de revenir sur le sens que l’on donne aux mots : père, mère, parents et atteignent en cela la deuxième conviction des opposants.

La deuxième conviction exprimée est que d’autre part, filiation et procréation devraient rester inextricablement liées. Les définitions attachées aux termes parent, père, mère devraient signifier un lien biologique. Des parents ne sauraient être autres que des géniteurs et on parle de ces derniers comme de plus « vrais » parents que les autres. Ce faisant on hiérarchise, comme on l’a fait pour la sexualité, les parents qui procréent et ceux, qui ne procréent pas. Pourtant les parents adoptifs sont d’aussi « vrais » parents que ceux de naissance. Pourtant, ces couples qui ont recours à un don de gamète, qu’ils soient de même sexe ou de sexes différents ont réalisé leur projet parental en donnant autant d’importance au fait de procréer qu’à celui d’être seulement partie prenante de ce projet.

LE LIEN DE FILIATION N’EST PAS SYNONYME DE LIEN BIOLOGIQUE

Les enfants qui sont les leurs ne seraient jamais venus au monde sans ce projet parental qui trouve sa réalisation dans le fait que l’un procréé avec l’aide d’un tiers et l’autre pas. Dans le recours au don, celui ou celle qui ne procréé pas est autant « vrai » parent que l’autre. Le père qui a eu recours à un don de sperme pour mettre au monde un enfant n’est pas moins père que celui qui a procréé sans l’aide d’un tiers. De même, la femme qui a eu recours à un don de sperme pour que sa compagne puisse enfanter. Tous les deux, dans un cas comme dans l’autre, sont des parents, non parce qu’ils ont procréé, mais parce que sans le projet parental du couple qu’ils forment respectivement avec leur compagne, leur enfant n’aurait jamais vu le jour.

Sylviana Agacinski, comme les manifestants du 13 janvier, a semble-t-il du mal à admettre que le lien de filiation n’est pas synonyme de lien biologique. Des parents peuvent être liés biologiquement à leurs enfants et ils peuvent tout aussi bien ne pas l’être. Mais tant que le droit encouragera la confusion entre filiation et procréation, entre parent et géniteur, il sera difficile à certains d’admettre qu’un enfant puisse avoir deux parents de même sexe.

Une filiation homoparentale ferait sauter ces montages de notre culture procréative car les parents de même sexe ne cherchent pas à passer pour les géniteurs de leurs enfants. Cette culture procréative est héritée des principes naturalistes du droit canonique pour lequel sexualité, conjugalité et procréation devraient coïncider. Le Vatican interdit en effet la procréation en dehors des rapports sexuels (Donum Vitae, 1997 ; Charte des personnels de la santé, 1995). Notre droit devra s’affranchir de ce modèle naturaliste pour tenir compte de l’évolution des configurations familiales et des progrès scientifiques en matière de procréation assistée. Fonder la filiation sur l’engagement parental plutôt que sur la nature, permettrait de protéger tous les enfants, quel que soit leur environnement familial. L’ordre fondé sur la nature serait remplacé par un autre ordre : celui de la responsabilité et de l’engagement.

Martine Gross, sociologue (CNRS)

2 février 2013: contre manif de la manifestation pour tous à Nantes.

Standing ovation à l’assemblée nationale! Les députés de gauche crient “égalité”.